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Symphonie en blanc majeur Théophile Gautier, Émaux et camées, 1852

  • Ce sujet contient 1 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Marie-Thérèse H., le 09-07-2020 17:41.
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    Mascotte d'Oasis
    Marie-Thérèse H.
      • Sujet: 1727
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      Symphonie en blanc majeur

      De leur col blanc courbant les lignes,
      On voit dans les contes du Nord,
      Sur le vieux Rhin, des femmes-cygnes
      Nager en chantant près du bord,

      Ou, suspendant à quelque branche
      Le plumage qui les revêt,
      Faire luire leur peau plus blanche
      Que la neige de leur duvet.

      De ces femmes il en est une,
      Qui chez nous descend quelquefois,
      Blanche comme le clair de lune
      Sur les glaciers dans les cieux froids ;

      Conviant la vue enivrée
      De sa boréale fraîcheur
      À des régals de chair nacrée,
      À des débauches de blancheur !

      Son sein, neige moulée en globe,
      Contre les camélias blancs
      Et le blanc satin de sa robe
      Soutient des combats insolents.

      Dans ces grandes batailles blanches,
      Satins et fleurs ont le dessous,
      Et, sans demander leurs revanches,
      Jaunissent comme des jaloux.

      Sur les blancheurs de son épaule,
      Paros au grain éblouissant,
      Comme dans une nuit du pôle,
      Un givre invisible descend.

      De quel mica de neige vierge,
      De quelle moelle de roseau,
      De quelle hostie et de quel cierge
      A-t-on fait le blanc de sa peau ?

      A-t-on pris la goutte lactée
      Tachant l’azur du ciel d’hiver,
      Le lis à la pulpe argentée,
      La blanche écume de la mer ;

      Le marbre blanc, chair froide et pâle,
      Où vivent les divinités ;
      L’argent mat, la laiteuse opale
      Qu’irisent de vagues clartés ;

      L’ivoire, où ses mains ont des ailes,
      Et, comme des papillons blancs,
      Sur la pointe des notes frêles
      Suspendent leurs baisers tremblants ;

      L’hermine vierge de souillure,
      Qui pour abriter leurs frissons,
      Ouate de sa blanche fourrure
      Les épaules et les blasons ;

      Le vif-argent aux fleurs fantasques
      Dont les vitraux sont ramagés ;
      Les blanches dentelles des vasques,
      Pleurs de l’ondine en l’air figés ;

      L’aubépine de mai qui plie
      Sous les blancs frimas de ses fleurs ;
      L’albâtre où la mélancolie
      Aime à retrouver ses pâleurs ;

      Le duvet blanc de la colombe,
      Neigeant sur les toits du manoir,
      Et la stalactite qui tombe,
      Larme blanche de l’antre noir ?

      Des Groenlands et des Norvèges
      Vient-elle avec Séraphita ?
      Est-ce la Madone des neiges,
      Un sphinx blanc que l’hiver sculpta,

      Sphinx enterré par l’avalanche,
      Gardien des glaciers étoilés,
      Et qui, sous sa poitrine blanche,
      Cache de blancs secrets gelés ?

      Sous la glace où calme il repose,
      Oh ! qui pourra fondre ce coeur !
      Oh ! qui pourra mettre un ton rose
      Dans cette implacable blancheur !

      Théophile Gautier, Émaux et camées, 1852

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