Oasis des Artistes

Oasis des artistes: Poésie en ligne, Concours de poèmes en ligne – membres !

UN TRAIT D’ETERNITE

  • Ce sujet contient 0 réponse, 1 participant et a été mis à jour pour la dernière fois par Pierre Wattebled, le 31-05-2008 17:16.
  • Créateur
    Sujet
  • #2603780
    Pierre Wattebled
      • Sujet: 753
      • Réponses: 943

      UN TRAIT D’ETERNITE

      Exerçant une légère pression du doigt, elle suivit les contours de mon visage s’attardant sur chaque trait. Il me sembla qu’ainsi elle les mémoriserait à jamais. J’en fus ému aux larmes ; larmes que je lui cachai, évidemment. Elle n’était qu’une enfant de quatre ans à peine et, aussi fine qu’elle pût être, elle n’aurait su percevoir exactement les diverses nuances des sentiments conduisant jusqu’aux larmes, qu’elle aurait vraisemblablement associées à de la souffrance, ou à une profonde contrariété.

      Pour ce qui me concernait, son geste provoqua en moi ce bonheur que suscite généralement la tendresse, puis me suggéra la crainte de l’oubli à venir, absorbant petit à petit les êtres chers qui nous ont quittés. Que pouvait-elle réellement savoir de cela ? Rien à priori. Son subconscient intégrait-il intuitivement de tels questionnements ? En tout état de cause, suivant du doigt les contours de mon visage, elle dessinait inconsciemment des traits indélébiles d’éternité.

      A mon tour, émerveillé, je la contemplai comme on s’extasie devant un joyau ; différemment pourtant, influencé que j’étais par mes pensées présentes. Nous vivions ensemble une part d’éternité. Cependant, à l’échelle humaine, l’éternité n’est somme toute qu’un avenir probable. Nous partagions ce même dessein de notre condition, soit le passage obligé sur l’autre rive. Mes pas étant plus grands, je traverserai bien avant elle. L’ignorait-elle totalement ? Son doigt s’attardant de temps en temps sur une ride plus profonde, elle décryptait l’indéfinissable en usant de cette forme de langage tactile qu’on eût pu apparenté au braille.

      Sa beauté était resplendissante, douce et chaleureuse. Je la retins toute entière pour la bercer en mon âme. Sa beauté étincela en moi telle une certitude. Alors, ma main retrouva la sienne quelque part sur les traces de la Vie.

      Pierre WATTEBLED – le 21 mai 08

      http://www.pierre-wattebled.fr.tc

    • Vous devez être connecté pour répondre à ce sujet.