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Sujet
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Quand il va récupérer son bagage, ce sera presque le seul qui se ballade encore sur le tapis roulant. Perdu dans ses pensées, il a mis du temps à reprendre pied dans la réalité, archétype de la classe affaire, avec sa valise trolley et son attaché-case. Miracle, un taxi libre. Il passe d’abord chez lui pour se refaire un peu avant de rejoindre son officine. Une bonne douche chaud-froid avant de se raser lui font retrouver un peu de peps.
On peut attaquer la journée. Gérard l’accueille d’une poignée de main virile .
? Salut patron, bon voyage?
? Mouais, si on veut. Le principal est que j’ai pu plaider au profit de Société Exportmarine qui obtient réparation.
Sympa, Gérard, pas fainéant mais il ne peut lui déléguer que des tâches n’impliquant pas ou peu d’initiatives. Il gère l’agenda. Bastien engage un débriefing croisé, suivi des ses instructions pour la suite. La journée se passe devant l’écran du PC et les appels téléphoniques.
Pas fâché de terminer tôt, le décalage horaire lui pèse. Quelques emplettes alimentaires au super du coin et le voilà acagnardé devant la TV qu’il regarde d’un œil distrait en grignotant sa pizza. Depuis la disparition de Flo, l’appart est toujours imprégné d’elle. Il n’a jamais eu le courage d’en changer. Pas une de ses relations féminines, amicales et plus si affinités ne peut se vanter d’avoir franchi son seuil. Pas plus que ses rares amis, majoritairement gens de robe et affiliés. Il sort peu et vit comme un reclus.Nulle la télé. Il va au lit, entre veille et sommeil, l’esprit en jachère. Mais une jachère qui prend rapidement le visage de la disparue . Dieu que ces deux années de bonheur absolu ont été courtes. Il se souvient peu avant son infortune des projets qu’ils avaient échafaudés, repus, après l’amour, quant ils reposaient mains jointes, à côté l’un de l’autre.
? Tu sais, disait-elle, on est submergés par le boulot, mais ça me plaît, dans la mesure où on est d’accord pour mettre la pédale douce dans quelques années. A deux, à trois ou plus, quitter Paris, se poser ailleurs.
? Si fait , mon petit chat. Je vois bien que nous pourrions être basés n’importe où qui permette de restés connectés et communiquer à l’aise. Pas trop loin des voies de transport. Nos déplacements se limiteraient au strict nécessaire.
Suivaient de tendres échanges qui se terminaient souvent par où ils avaient commencé…
Le sommeil sans rêves finit par l’emporter. Il s’éveille apaisé. La routine du matin. Le miroir de la salle de bain lui renvoie son reflet: la bouche mousseuse de dentifrice et les traits tirés d’un homme fatigué. Pour la première fois, il prend conscience de ce qui l’oppresse dans ces murs: Petit à petit, il a fait de son logement un sanctuaire et la prison des souvenirs. La nécessité de réagir fait son chemin. Comment en changer sans renier le passé. Bastien botte en touche pour l’instant laissant au temps le soin de mûrir sa réflexion.
Peu à peu une idée émerge du fatras de ses cogitations: Et si il tentait de donner vie aux quelques projets revisités dans ses rêveries… C’est maintenant qu’ils auraient sans doute sauté le pas, se seraient délocalisés de la capitale et ralenti leur activité, espéré devenir parents. Oui, essayer de faire ce qu’elle avait souhaité pour eux deux. Peut-être une façon de mettre un terme à son deuil. Apaiser les souvenirs, rester fidèle à ce qui fut leur histoire.
D’abord, s’organiser avec Gérard pour limiter la prise en charge de nouveaux clients. Joignable au téléphone tous les jours à heure fixe, en fin d’après midi ou en cas de problème. Il prend son PC portable et pourra se connecter en fonction des possibilités locales.Parceval
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