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Une heure sonne au loin – ALBERT SAMAIN

  • Ce sujet contient 2 réponses, 2 participants et a été mis à jour pour la dernière fois par H?l?ne, le 12-12-2012 17:53.
  • Créateur
    Sujet
  • #2623957
    H?l?ne
      • Sujet: 604
      • Réponses: 5870

      Une heure sonne au loin

      Une heure sonne au loin. – Je ne sais où je vais.
      Oh ! J’ai le cœur si plein de toi, si tu savais !
      Je te vois, je t’entends. Devant moi solitaire
      Une apparition blanche frôle la terre,
      Comme une fée au fond des clairières, le soir.
      Et cette ombre d’amour si radieuse à voir,
      Elle a tes yeux, tes yeux d’émeraude, ô ma vie,
      Dont la douceur étrange aux longs rêves convie,
      Comme l’azur profond de la mer ou des cieux ;
      Et sa robe qui glisse à plis silencieux,
      Sa robe, c’est la tienne aussi, ma bien-aimée,
      Ta robe de bohème onduleuse et lamée
      Où l’or parmi la soie allume maint éclair,
      Ta robe, fourreau mince et tiède de ta chair,
      Dont le seul souvenir, effleurant ma narine,
      Fait couler un ruisseau d’amour dans ma poitrine…

      Je suis seul. Le silence emplit les quais déserts.
      L’âme en fleurs du printemps s’exhale dans les airs.
      C’est une tiède nuit d’amant ou de poète,
      Et j’ai l’amour à l’âme et l’amour à la tête,

      Et j’ai soif de tes yeux pour me mettre à genoux !
      Ce sont des mots sans suite, et des gestes si doux
      Qu’ils semblent avoir peur de toucher, des mains jointes,
      Des désirs par instant aigus comme des pointes
      Et puis des nerfs crispés de la nuque au talon,
      Toute l’âme perdue après son violon
      Qui chante et qui sanglote et qui crie et qui râle,
      Toute l’âme d’un grand enfant fiévreux et pâle…

      Des fiacres attardés roulent dans les lointains.
      Sous les arbres émus de frissons incertains,
      Des brises doucement circulent, attiédies,
      Et poignantes au coeur comme des mélodies.
      Le fleuve sourd ondule en moires de langueur
      Et j’ai tout un bouquet d’étoiles dans le coeur !

      Je t’aime. Mon sang crie après toi. J’ai la fièvre
      De boire cette nuit idéale à ta lèvre,
      D’étendre sous tes pieds, comme un manteau de roi,
      Ma vie et de te dire, oh ! De te dire :  » Toi  »
      Avec une langueur si tendre et si profonde
      Qu’en la sentant sur toi, ta chair, toute, se fonde.

      Albert Samain

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    • Auteur
      Réponses
      • #2854431
        France
          • Sujet: 408
          • Réponses: 2814

          Bonjour chère Hélène,

          MERCI pour ce beau texte – enflammé – d’Albert Samain.. La fièvre de la passion.

          Cet auteur (lillois d’origine.. il y a d’ailleurs son monument) , je le connaissais pour des textes plus calmes, et c’est une autre facette que tu me fais découvrir.

          Je t’embrasse, à bientôt.

          Ouvrez l'oreille, chaque mot poss?de un coeur qui bouge. (Nimier)
        • #2858280
          H?l?ne
            • Sujet: 604
            • Réponses: 5870

            merci France

            merci monesille

            c’est en effet un poème brûlant de passion

            mes amitiés

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