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Sujet
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C’est avec plaisir que j’ai appris le nom des lauréats du prix Nobel de médecine hier. D’une part, la parasitologie et, d’autre part, des travaux de base essentiellement appliqués à la thérapeutique sont honorés, deux domaines qui ne recueillent pas en général les applaudissements des jurys et la pluie des crédits de contrats de recherche.
Une leçon à méditer pour tous les « Experts » des Commissions qui se gargarisent du mot excellence sans savoir exactement (on peut le penser) ce que cela veut dire, ou le confondant avec « impact factor » des revues où on publie (qui est devenu plus du paraître et de l’audimat scientifique pour beaucoup que de la science).
J’espère que cette nomination fera pour que ces experts et responsables de commission réfléchissent un peu avant d’attribuer des notes, et qu’ils sous-estiment un peu moins ceux qui oeuvrent à la validation de nouvelles drogues ou à la compréhension de leur mécanisme d’action pour pouvoir les différencier des drogues déjà existantes, travail ingrat, répétitif et sans gloire s’il en est, durant des années, et toujours soumis à l’aléas pharmacologique ou commercial qui enverra leur produit tant aimé à la poubelle.
Ces trois personnes n’ont que très peu ou pas publié dans les revues les plus prestigieuses (Nature, Science, Cell et d’autres) qui conditionnent les places de concours de chercheurs ou de professeurs dans les jurys actuels. Mais leur travail obscur a sauvé des millions de vie (dans le cas du paludisme) et évité à des millions de personnes de devenir aveugles ou de souffrir d’infirmités très invalidantes (cécité des rivières et filariose lymphatique), et ce, dans des pays très défavorisés pour la plupart.
Ayant travaillé pendant 19 ans avec des chimistes pour valider une molécule de ce type, et quasiment vingt après le début de l’aventure, étant en retraite depuis 4 ans, suivant les essais cliniques toujours en progression, ignorant encore si ils pourront aller à terme et déboucher sur l’application de notre « bébé », je ne peux que saluer le travail de ces personnes qui ont bien mérité leur récompense, et je salue le jury du Nobel pour son pragmatisme bien éloigné de l’audimat et du m’as-tu-vu qui dominent actuellement pas mal de domaines scientifiques et dont la multiplication, depuis plusieurs années, de la découverte de fraudes des résultats publiés n’est que l’une des manifestations les plus pitoyables.
Il y a peut-être une leçon plus générale à tirer de cela, sur le plan des valeurs de ce que chacun fait et de son apport réel dans un progrès global de l’humanité, qui ne soit pas exclusivement dirigé par l’argent et le pouvoir.
Science sans conscience n'est que ruine de l'?me (Rabelais)
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